Racines - Jean-Michel Delage
     
Racines
RACINES…

Mes parents sont venus s’installer à Quincy-Voisins, petit village de Seine et Marne alors que j’avais 5 ou 6 ans. Ils y ont acheté leur première maison. Plus tard, mon père y a construit un pavillon. Puis, mes parents ont acheté le café-restaurant qu'ils ont tenu pendant plusieurs années. Avant de divorcer et de vendre l’établissement. Ma mère a quitté le village, mon père a acheté une nouvelle maison dans le bourg. Ce fut ma dernière demeure dans le village avant de partir dans la grande ville voisine. Puis, pour Paris, en 1991. Depuis ce jour, je n’ai jamais remis les pieds à Quincy-Voisins. J’ai laissé sur place 17 années de souvenirs. Je ne me suis jamais posé de questions. Jusqu’à ces dernières années. Et plus précisément depuis la naissance de mon fils, qui a aujourd’hui 8 ans : J’ai commencé à réfléchir à la notion de « racines ». Et plus précisément aux miennes ! J’ai réalisé que j’avais laissé derrière moi des lieux, des souvenirs. Mais aussi des personnes. Des amis, des copains. Ces dernières années, J’ai souvent eu l’envie d’y retourner. En vain. Je n’arrivais pas à trouver le ressort pour me replonger dans cet univers du passé. Et en même temps, je me questionnais sur ce détachement envers un lieu, une époque. Un voile sur mon enfance, sur mon adolescence. C’est en retrouvant des photographies de famille mais également celles que j’avais prises durant ces années. (Ma passion pour la photo, mon envie d’en faire un métier date aussi de ces années là, j’ai eu mon premier appareil photos vers 12 ou 13 ans. Et c’est le goût pour la photographie qui m’a fait quitter la région puisque je suis parti à Paris pour me lancer !). J’ai retrouvé des images de mes années d’enfance et de jeunesse. Le foot, les scouts et mille autre choses… J’ai aussi remis la main sur une photo de classe, je devais avoir 8 ou 9 ans. J’ai reconnu des visages, mis des noms sur certains de ces enfants. Et il m’est devenu presque obsessionnel de m'engager dans un travail photographique sur… ce village banal. Quincy-Voisins… Mes racines!


A l’automne 2015, j’ai séjourné cinq jours dans le village. Découverte. J’ai exploré les rues les quartiers, les bois. J’ai fait le tour 10 fois, 20 fois. Revu les maisons où j’avais vécu. L’ancien bar-restaurant de mes parents est devenu mon Q-G. Et j’ai rencontré des personnes que j’ai connu, qui m’ont connu. Au fil des jours, des tas de souvenirs enfouis remontaient à la surface de l’esprit. D’un point de vue photographique, c’était encore un peu brouillon. Mais les idées venaient, m’emballaient, me remuaient, disparaissaient, s’annulaient… D’abord le lieu. Les lieux. Poser un regard personnel sur ce petit village somme toute banal. Une approche paysagiste. Quincy-Voisins contemporain. Et pourtant imprégné de mes propres souvenirs. Et puis le second volet concerne les gens. Les enfants de la photo de classe. Les ados de l’équipe de foot ou des scouts. lls ont mon âge. Que sont-ils devenus ? Envie de les chercher, en retrouver. A ce jour, j’ai localisé un certain nombre d’entres eux. J’ai déjà réalisé quelques portraits.
Dans ce village, j’y ai suivi l’école, j’y ai eu mes premiers amis, mes premiers amours. J’ai découvert le jazz, les désirs de voyage… et la photographie. Je m’y suis construit. Puis tout cela a été digéré. Et s’est transformé dans un désir de découvertes. Voir le monde, découvrir d’autres horizons, certains lointains. Tout en réalisant deux rêves. Voyager et devenir photographe. Se remplir de ce qui nous entoure. Et s’apercevoir un jour que tout cela peut nous mener aux origines, à l’enfance. Aux lieux et aux rencontres. Le filtre du temps qui passe…Ce travail est à la fois une quête, une enquête. Que je mène d’abord pour moi-même, pour mon fils, qui a aussi le besoin de connaître ses racines, à travers celles de son père, de ses grands-parents. J’en ressens un besoin. Cela fait partie de l’héritage, de la transmission. Je me suis rendu 3 fois sur place. J’envisage d’y aller régulièrement pendant encore plusieurs mois.
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